Marché du cloud : que faut-il voir derrière l’enveloppe de 1,8 milliard d’euros débloquée par l’État ?

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Début novembre, Cédric O – actuel secrétaire d’État au numérique – a annoncé la mise en place d’un plan en faveur du cloud français chiffré à 1,8 milliard d’euros. Une enveloppe suffisante pour faire de la France – et par extension de l’Europe – une alternative crédible face aux géants américains ? Sentiment plutôt mitigé pour les acteurs du marché français.

Comment ce budget va-t-il être réparti ?

L’enveloppe de 1,8 milliard d’euros débloquée par l’État a été financée par trois grandes entités :

  • 667 millions sont subventionnés par la sphère publique (programme d’investissements d’avenir et France Relance) ;
  • 680 millions proviennent de cofinancements privés ;
  • 444 millions sont issus de financements européens.

 

Cette enveloppe budgétaire a été répartie jusqu’à l’horizon 2025 en quatre secteurs distincts. Pour y voir un peu plus clair, vous trouverez dans le tableau ci-dessous l’intégralité de la répartition des fonds débloqués :

 

Développement des solutions innovantes de cloud et edge computing

Soutien de la recherche, de l’innovation et de la maturation des technologies

Création d’espaces de données mutualisées

Formation et reconversion des ressources humaines

Total

Financements publics

421 millions d’euros

66 millions d’euros

150 millions d’euros

30 millions d’euros

667 millions d’euros

Financements privés

500 millions d’euros

/

150 millions d’euros

30 millions d’euros

680 millions d’euros

Financements européens

/

84 millions d’euros

360 millions d’euros

/

444 millions d’euros

Total

921 millions d’euros

150 millions d’euros

660 millions d’euros

60 millions d’euros

1 791 millions d’euros

Ce plan en faveur du cloud français s’appuie quant à lui sur trois directives distinctes, à savoir :

  • soutenir et porter le développement des offres françaises innovantes ;
  • contribuer à la mise à niveau et à l’essor des acteurs français en matière de technologies critiques (big data, cybersécurité, intelligence artificielle, etc.) ;
  • œuvrer en faveur de l’émergence des technologies de rupture (l’edge computing est ici particulièrement visé).
 

À l’heure actuelle, 23 projets de R&D ont d’ores et déjà été adoptés par l’État. Parmi ces projets, 85 % des financements accordés sont à destination de PME, de start-ups, d’instituts de recherche ou encore de projets de relocalisation d’activités industrielles. Du côté des projets en tant que tels, on peut évoquer entre autres des initiatives visant à développer une nouvelle plateforme de edge computing pour l’internet des objets ou la création d’un nouveau catalogue de solutions PaaS et SaaS sur une plateforme SecNumCloud.

Lutter face à la toute-puissance américaine

Quand on évoque le marché du cloud, trois noms retiennent particulièrement l’attention : Amazon, Microsoft et Google. Ils représentent à eux trois environ 69 % du marché européen, ce qui laisse a priori peu de place à l’émergence de nouveaux champions made in France. Si l’on peut légitimement saluer l’initiative et les fonds débloqués, ils sont jugés insuffisants pour parvenir à exister face à la toute-puissance américaine pour une partie des acteurs du cloud français.

Le secrétaire d’État au Numérique Cédric O affiche quant à lui davantage d’optimisme, même s’il estime que la bataille n’est « pas simple » et qu’il faudra « du temps pour rattraper un retard accumulé pendant 30 ans ». Cette bataille passe notamment par la problématique de la sécurisation des données. Pour faire face à la concurrence venue d’outre-Atlantique, le gouvernement a pour projet de lancer le label « cloud de confiance » qui se base sur le visa SecNumCloud délivré par l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information). Pour rappel, celui-ci fait figure d’autorité et de référence dans le milieu.

La création de ce cloud dit « souverain » pose toutefois problème. En effet, bien que censé mettre en avant les acteurs européens du marché, la réalité est légèrement différente compte tenu du poids des entreprises américaines dans cet écosystème. Il est donc primordial pour la bonne santé et la pérennité de ce projet ambitieux que les entreprises les plus influentes montrent l’exemple et acceptent de jouer le jeu du label de confiance. Il est d’ailleurs fait mention que les futurs appels d’offres au sein des marchés publics soient exclusivement réservés aux acteurs pouvant justifier de ce fameux label. Affaire à suivre donc !

Un contexte favorable ?

Bien que le marché du cloud connaisse une croissance régulière – son chiffre d’affaires étant estimé à 500 milliards d’euros d’ici 2025 d’après Cédric O – le fait est que l’heure est plutôt à l’inquiétude pour les acteurs européens. De 27 % en 2017, leur part a chuté à 16 % sur leur propre marché au cours de cette année 2021.

Faut-il s’attendre à une franche réussite ou à l’échec de ce plan de relance en faveur du cloud français ? Difficile de le savoir. Toujours est-il que l’on peut voir certains signes positifs quand on se penche sur les résultats récents et les prévisions annoncées de certains secteurs du numérique dans l’Hexagone. À titre d’exemple, on peut souligner les bonnes performances réalisées par le marché des SaaS, qui est indissociable du cloud computing.  

Globalement, le contexte actuel est plutôt favorable à l’essor du numérique. La poursuite de la transformation digitale des entreprises couplée au passage à la facturation électronique obligatoire qui s’annonce dès 2024 en est une parfaite illustration. Est-ce pour autant suffisant pour accompagner durablement le renouveau du marché du cloud et contribuer au renversement de la mainmise américaine ? Le raccourci pourrait paraître ici un peu trop simpliste et ambitieux.

Accueillie plutôt tièdement par les professionnels du secteur, l’annonce d’une enveloppe de 1,8 milliard d’euros en faveur du marché du cloud français s’inscrit pourtant dans une volonté de faire émerger des futurs leaders français et européens. Utopique pour certains, challenge exaltant pour d’autres, le concept d’un cloud souverain made in France devrait en tout cas continuer de faire parler de lui dans les mois et les années à venir.

[1] https://www.latribune.fr/technos-medias/internet/1-8-milliard-d-euros-pour-un-cloud-souverain-pas-assez-selon-les-acteurs-francais-de-la-filiere-895563.html

[2] https://www.usinenouvelle.com/article/la-france-lance-un-plan-cloud-de-1-8-milliard-d-euros-en-quatre-ans.N1156487

[3] https://www.gouvernement.fr/investissements-d-avenir-cedric-o-annonce-une-strategie-d-innovation-de-pres-de-18mdseu-pour

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